9 Oct 2015 – 31 Jan 2016

Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

DIS | GCC

CO-WORKERS

DIS
The Island (KEN)
2015
Mixed media
Dimensions variable
Unique

GCC
L'air du temps
2015
HD video installation
7 mins, 25 secs
Edition of 5 plus I AP

GCC
L'air du temps
2015
HD video installation
7 mins, 25 secs
Edition of 5 plus I AP

DIS
The Island (KEN)
2015
Mixed media
Dimensions variable
Unique

DIS
The Island (KEN)
2015
Mixed media
Dimensions variable
Unique

GCC
L'air du temps
2015
HD video installation
7 mins, 25 secs
Edition of 5 plus I AP

GCC
L'air du temps
2015
HD video installation
7 mins, 25 secs
Edition of 5 plus I AP

DIS
The Island (KEN)
2015
Mixed media
Dimensions variable
Unique

DIS
The Island (KEN)
2015
Mixed media
Dimensions variable
Unique

GCC
L'air du temps
2015
HD video installation
7 mins, 25 secs
Edition of 5 plus I AP

The Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris is presenting at ARC, its experimental space, CO-WORKERS – Network as Artist: a selection of international artists trained during the 2000s whose innovative practices are largely based on networking. Mounted by the New York collective DIS, the exhibition foregrounds a new artistic language taking its inspiration from Internet resources. The Musée d’Art Moderne has opted for dividing CO-WORKERS between two sites, each with its own emphasis: Network as Artist at ARC and Beyond Disaster at Bétonsalon – Centre for Artistic Research.

With the world in the throes of the third industrial revolution, the use of the Internet and mobile telephone systems has triggered a new mode of communication hinging on an uninterrupted flow of information. While remaining independent, the user is connected to numerous networks –professional, technical, artistic, cultural – that recognise no geographic boundaries: a form of organisation symptomatic of what sociologist Barry Wellman calls "networked individualism". 

"The Internet of Things" revolves around the idea that humans are no longer the sole thinking entities – that the things around them constitute an environment termed "Ambient Intelligence". 

Installations, videos, sculptures and paintings: the contributing artists explore a system of exchanges whose complexity outstrips the merely human scale. They investigate the way intelligence and consciousness can be extended to include machines, animals and other living organisms.

In a society marked by data acceleration and the omnipresence of images, these artists work within a culture of the visible, in which the boundaries between the private and public spheres are blurred and intimacy becomes "extimacy". In devising the exhibition's scenography DIS, known for its lifestyle platform DIS Magazine, has drawn on collective work spaces, shopping malls, and airport transit areas. The upshot is an event – a network of artworks, interactive installations and performances – that situates the museum in a world of data streaming and circulation.  

The exhibition themes will be the subject of talks and encounters integrated into The Island (KEN) created in collaboration wih Dornbracht, co-designed by Mike Meiré, a hybrid kitchen/bathroom space specially designed by DIS and coproduced with the New Museum in New York. 

Exhibition curators: Angeline Scherf, Toke Lykkeberg and Jessica Castex

Mise en scène: DIS

Participation 89plus : Simon Castets, Hans-Ulrich Obrist, Julie Boukobza, Katherine Dionysius

PRESS / REVIEWS

5 Nov 2016

DIS :: DIS MAGAZINE: ESTHÉTIQUE ET TACLE

Mêlant mode, musique, art et nouvelles technologies, le webzine américain détourne depuis trois ans les codes et les tendances, avec force visuels. Créatif et subversif.

Photo Dis

Imaginons un magazine qui proposerait que la tendance soit de porter deux paires de chaussures en même temps. Où l’on admirerait des femmes mutantes aux épaules rendues pointues et démesurées grâce à la chirurgie esthétique, ressemblant ainsi aux robes de Rick Owens circa 2010. Imaginons que des «Real Housewives» de Miami y répondent à des interviews sur l’art contemporain et sur les galeries à ne pas rater pendant la foire ArtBasel de Miami. Ou encore que l’on se mette à placer sur un même pied d’égalité, dans une série mode, les fameux sacs bleus Ikea et les perles précieuses des grands joailliers de la place Vendôme, qu’on lise de la poésie étrangère via Google Trad et que l’on trouve ça encore meilleur que les traductions des experts du genre, que l’on respecte autant Christian Audigier, obscur créateur de vêtements installé à Los Angeles, que Comme des Garçons, et que la copie ait la même valeur que l’original. Ce vaste monde aux contours mi-pathétiques mi-comiques, emblème du post-Empire décrit par Bret Easton Ellis, existe : DIS Magazine l’accueille depuis trois ans.

 

Une galerie d’art obsédée par la société de consommation

Autoproclamée «publication lifestyle post-Internet», ce mutant du Web pour qui le mauvais goût ne signifie rien mêle art, mode, musique et nouvelles technologies. Ses moyens sont restreints, mais ses admirateurs nombreux : les créateurs Alexander Wang ou Christopher Kane s’inspirent des choix esthétiques de ce site ovni, et parmi ses soutiens, on dénombre le New Museum de New York ; le MoMa PS1, l’antenne avant-gardiste du MoMa ; la boutique de mode ultrapointue Opening Ceremony ; l’artiste Ryan Trecartin ; la foire Frieze de Londres ; le curateur et codirecteur de la Serpentine Gallery de Londres, Hans Ulrich Obrist ; ou encore l’artiste Rob Pruitt, qui a sollicité DIS pour dessiner les trophées artistiques qu’il a remis cette semaine à l’occasion d’Art Basel Miami, les Rob Pruitt Art Awards (en l’occurrence, un simili-test de grossesse).

Mis côte à côte, ces noms disent l’étendue du champ d’action de DIS, qui s’explore comme une galerie d’art obsédée par la société de consommation, les produits du mass market, la pop culture et les grandes enseignes comme CopyTop, Starbucks, Walmart, DKNY, Home Depot, eBay ou encore Herbalife. Deux cent mille visiteurs par mois passent sur le site. Sa démarche et son contenu tournent autour de ce préfixe d’opposition, dis, dont la portée négative s’étale de la séparation à la disparition, du déni à la dénégation, du dégoût au désintérêt. La règle ? Une désobéissance aux règles habituellement suivies dans les mondes de la mode et de l’art.

 

Vaste mutinerie digitale

«On est arrivés au préfixe au lieu de partir de lui», expliquent les membres de l’équipe. Dans chaque article, la dissidence règne et la créativité prévaut. Pas de reportages, pas de reprises d’un sujet vu chez le voisin, pas non plus de promo. Les rubriques phares sont nommées DIScover («découvrir»), DIStaste («dégoût»), DIStopya («dystopie»), DISmorphya («dysmorphie»), DISco, DIScussion, #artselfie…

Derrière ce site de création et d’opinion se cache donc une vaste mutinerie à l’ère digitale. Le magazine est l’un de ces concepts sauvages, hybrides, qui résultent de la croissance exponentielle d’Internet, de ses usages et de ses plateformes. DIS a été créé par un groupe d’amis trentenaires basés à New York. Lauren Boyle, Solomon Chase, Marco Roso et David Toro sont directeurs artistiques, photographes, développeurs, artistes… Il n’y a pas de rédacteur en chef, pas d’équipe fixe, même pas de bureaux. Et pourtant, leur site est en ébullition permanente. Les contributeurs, kyrielle d’amis, pullulent.

Au départ, l’idée reposait sur une volonté de «perturber la diffusion du discours lugubre de la mode», disent-ils. «C’était un concept vraiment perturbateur, largement coopté depuis. La mode trouve toujours le moyen de prendre des idées fraîches et les polit jusqu’à ce qu’elles soient commercialisables. Cela n’a jamais été notre objectif, mais il est intéressant de voir comment la création de mode peut prendre une idée de DIS et la rendre vraiment digeste.» Ils imaginent au fil du temps des microtendances, a priori grotesques (comme faire corps avec son lit en s’habillant avec sa housse de couette) et quasiment jamais «tournées vers le marché», ce qui est peut-être ce que le site a de plus subversif.

«DIS est une version plus complexe et variée que ce que fait VICE dans le monde de l’édition indépendante en ligne, constate Walter Cessna, fondateur de STOP magazine, dont DIS s’est inspiré. DIS a un mépris sain pour tout ce qui a trop de décence et un appétit gigantesque pour mettre en valeur et commenter les nombreux fils qui se tissent à travers notre vie sur les médias et les réseaux sociaux. […] C’est en gardant un contenu frais, varié et original, libéré de la page imprimée, que DIS se différencie des webzines wanna be.»

 

Lauren Boyle partage son temps entre DIS et VFiles, réseau social et site commercial proche de la ligne alternative du magazine. «DIS n’a pas de philosophie. Il pose des questions mais n’y répond jamais. Son contenu est résolument contemporain. C’est la cartographie d’une culture qui n’a jamais existé, n’adviendra jamais, mais est toujours sur le point d’exister. Son esthétique est celle du défaut. Ce n’est ni haut ni bas, c’est moyen.»

 

Résidence d’artiste au Starbucks

Pour comprendre, il faut voir. Car tout, ou presque, est visuel, mélange d’objets dérisoires du quotidien, de mises en scène de populations censées ne jamais se rencontrer. DIS est une éponge. Le résultat est drôle et indécent, sans règles de bonne conduite. Au printemps, une série photo mettant en scène des travailleurs et des ouvriers dans le décor policé des stands de la foire de Frieze a provoqué une polémique entre le magazine et la galerie Gagosian. Cette dernière avait permis qu’une partie de la séance photo se fasse sous ses bannières, mais n’avait pas validé le résultat final, refusant que les images soient exposées durant la foire. On y voyait des travailleurs du petit matin, des femmes de ménage et un vendeur africain de contrefaçons posant parmi des œuvres de John Chamberlain, Albert Oehlen et Carsten Höller.

Autre et réjouissante initiative, celle de lancer un appel à candidatures parmi les étudiants en art du monde entier, pour une compétition dont le gagnant se voyait attribuer une «résidence» au Starbucks du coin, 100 dollars de bons d’achats en café et une discussion critique de ses œuvres avec une commissaire du New Museum. L’objectif de l’équipe est de créer à moyen terme un stock d’images et de le commercialiser.

Babak Radboy, directeur artistique et contributeur de DIS depuis son lancement, estime qu’«il ne s’agit pas là de contrer la culture, mais plutôt d’embrasser le mainstream. Sans ironie aucune, mais d’une manière exagérée, réifiée. DIS s’empare du corps même des environnements commerciaux, des vêtements pour le grand public, de la culture pop, des réseaux sociaux. C’est une esthétique omniprésente mais qui comporte quelque chose d’obscène : dans l’excès des intentions, à la fois de ceux qui la fabriquent et de leurs objectifs. Je ne pense pas qu’Ikea veuille qu’on l’aime aussi profondément que DIS l’aime.»

Car DIS ne respecte rien, mais ne se moque de rien non plus : les mutations génétiques, les logos, le brouillage des sexualités et des corps, la junk food érigée au rang de gastronomie… tout se manipule. Babak Radboy : «Le bon sens veut que la technologie perturbe notre expérience du "maintenant". Mais DIS est ce "maintenant". Le message est qu’il n’y a pas d’alternative. Pas de musique alternative, ni de culture alternative ou d’époque. DIS n’est pas une critique de la culture actuelle. Il aime tout. Aujourd’hui, son travail est constamment copié par les plus grandes marques, les popstars et les photographes en vue. Mais pour l’heure, aucun showroom ne leur prête de vêtements.» Car ils savent bien que c’est à eux de suivre les règles édictées par cette étrange plateforme, et non l’inverse, et que le déroutant y est roi.

http://dismagazine.com